Ezéchiel 33,7-9
Ps 94 (95),1-2.6-7.8-9
Romains 13,8-10
Matthieu 18, 15-20

«Qu'as-tu fait de ton frère ?»
Frères et sœurs, tout le chapitre 18 de l’évangile de Matthieu, dont nous lisons un extrait ce dimanche, traite sous différents angles, de l’accomplissement du commandement de l'amour, à l’intérieur de la communauté chrétienne.
Nous le savons bien, la mission de Jésus sur terre, était de venir nous révéler l'amour du Père, et de nous connecter à cet amour, pour qu'il soit désormais, le lien d'unité à la sainte Trinité et à nos frères et sœurs. Chose qui se réalise au baptême, quand le ministre du baptême, au moment de verser l'eau sur la tête du baptisé, utilise cette formule : Je te baptise, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit Amen. Et une fois ce lien mystique et spirituel établi, l'Église nous enseigne que nous devenons membre du corps mystique du Christ, qui n'est autre que son Église. Et au sein de cette dernière, son seul désir, c'est que tous ses disciples que nous sommes, vivions de cet amour au quotidien.

Mais Jésus n'est pas naïf, il est aussi bien conscient de la fragilité de nos amours, liée à notre humanité pécheresse. Ainsi, malgré nos efforts d'amour, les conflits, les blessures, les crise, sont inévitables, car nous ne sommes pas comme des bouteilles, dans un casier de bière, où chaque bouteille est dans son bocal, pour éviter le frottement entre elles, et empêcher ainsi qu'elles puissent se cassent. Et puisque les conflits, surviendront toujours, le problème pour Jésus, n'est donc jamais ces derniers, mais plutôt notre attitude et notre capacité à les gérer.
Voilà pourquoi ce dimanche, il nous propose tout un chemin, celui de la correction fraternelle, avec pour objectif de retisser les liens d'amour blessés, rompus, car la réconciliation et la recherche de la paix, permettent que la vie continue.
Chers frères et sœurs, cette pédagogie de la correction fraternelle, est un vrai remèdes contre la calomnie, la médisance, le colportage, le kongossa. Ce processus, évite en outre le repliement et l'enfermement su soi, pour se retrouver en train de nourrir le désir de vengeance, de couper les ponts, avec le frère ou la sœur qui nous aurait blessé. Nous pouvons alors dire que Jésus veut faire de nous, des experts, voire des spécialistes de la réconciliation, de la justice et de la paix, au sein de nos communautés humaines, qu'elles soient ecclésiales, familiales ou professionnelles.
Avec le prophète Ezéchiel, dans la première lecture, nous sommes invités à tuer en nous, tout attitude d'indifférence, par rapport à ce qui peut arriver à notre prochain. Car comme avec Caen, à qui Dieu posa la question : Qu'as-tu fait de ton frère ? A nous aussi, cette même question pourra nous être posée. Oui, comme disciples du Christ, nous sommes responsables les uns envers les autres. S'occuper de la vie de son frère, l'interpeller, attirer son attention, quand il s'égare, est pour nous une façon d'oeuvrer aussi pour le salut de notre propre âme. Dieu dit au prophète : «Si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie». (Ez 33,9)
Avec nos frères et sœurs, Jésus nous dit aujourd'hui, qu'il ne faut jamais baisser les bras. Il ne faut pas abandonner à la première tentative de réconciliation. Si on n'arrive pas à faire la paix avec un frère, une sœur, un ami, il faut associer deux ou trois autres personnes dans le processus. Si la paix n'est toujours pas retrouvée, il faut amener la situation de crise au niveau de la grande communauté. Car pour Jésus, la recherche de la réconciliation, qui permet de toujours renouer les liens d'amour brisé, est plus importante que nos fâcheries, nos orgueils. D'où il faut une bonne dose d'humilité et surtout beaucoup d'amour.
En effet, pour avoir le courage de reprendre celui qui nous a blessé, sans vouloir se venger, ou s'éloigner de lui, il faut beaucoup d’amour ; un amour dont normalement, une communauté chrétienne doit pouvoir faire preuve. Car on sait bien que le véritable amour est exigeant : en effet, quand on aime réellement quelqu’un, on ne le laisse pas faire n’importe quoi ; il y va de «l’assistance à personne en danger». Répéter inlassablement que Dieu est Amour ne pousse pas au laxisme que certains redoutent : car si Dieu est Amour, nous n’oublions pas que nous sommes appelés à lui ressembler, ce qui est terriblement exigeant
Dans l'évangile de ce jour, Jésus nous montre aussi, la force et la puissance de la prière communautaire. S'il est évident que notre foi est d'abord une question de relation personnelle avec Dieu, il est aussi indéniable qu'elle trouve toute sa force dans la dimension communautaire.
La prière en groupe d'église, en famille, trouve donc par cet enseignement de Jésus, toute sa pertinence. Il faut donc éviter d'écouter tous ceux qui ont l'habitude de relativiser le fait d'aller à la messe, de rejoindre tel ou tel groupe dans l'Église, au prétexte qu'ils préfèrent prier seul. Jesus est péremptoire : «En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux» (Mt 18,20)
Demandons lui, la force pour cultiver dans nos relations interpersonnelles, la pédagogie de la correction fraternelle, qui nous permet des soucier du salut de notre prochain et du nôtre en même temps.
Un très bon dimanche dans la paix du Christ.
Padre Armand, sac
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