Au lendemain l’Assomption : Marie élevée dans la lumière de Dieu, Marie dont la foi humble et persévérante a ouvert le chemin du salut. Aujourd’hui, l’Évangile nous présente une autre femme, très différente d’elle : une étrangère, une païenne, une inconnue dont on ne connaît même pas le nom. Et pourtant, comme Marie, elle devient pour nous une compagne de route, une sœur qui nous aide à avancer sur les chemins de l’Évangile.
La Cananéenne nous invite d’abord à sortir de nos frontières. Elle quitte son pays, ses habitudes, ses repères, pour aller à la rencontre du Christ. Elle ose s’approcher de Celui qui, par sa sainteté, peut sembler étranger à notre monde. En elle, nous reconnaissons nos propres résistances : nos peurs qui nous enferment, nos a priori qui déforment la réalité, nos difficultés à nous ajuster à un Dieu « plus grand que notre cœur ». Elle nous apprend à nous tenir devant Dieu tels que nous sommes, avec nos fragilités, nos limites, notre paganisme toujours renaissant.
Mais cette femme nous révèle surtout que « quiconque demande reçoit ». À condition de ne pas se lasser. Elle traverse le silence de Jésus, l’incompréhension des disciples, les paroles qui semblent la repousser. Elle ne renonce pas. Elle avance « avec la force qui l’anime », humblement, simplement, en laissant sa foi discerner les possibles que Dieu ouvre devant elle. Sa prière n’est pas pour elle-même : elle porte la souffrance de sa fille, elle intercède pour une vie confiée à son amour. Et c’est ce cri maternel qui touche le cœur du Seigneur.
Ses appels rejoignent tellement Jésus qu’il devance son heure, l’heure où les nations seront pleinement accueillies, pour lui accorder le salut qu’elle demande. Sa ténacité devient pour nous un appel : raviver notre désir de Dieu, implorer l’Esprit pour qu’il élargisse notre cœur à la mesure du monde.
Car en ce jour, nous comprenons que la foi ne nous enferme pas dans un cercle privilégié : elle nous ouvre aux dimensions de l’humanité. Autour de nous, il y a tant de cris à entendre : celui du jeune qui se cherche, du vieux qu’on oublie, de la femme reléguée aux seconds rôles, de l’étranger que l’on réduit à une bouche de plus à nourrir. Beaucoup ne demandent que des miettes, un peu de notre superflu, pour vivre tout simplement.
La Cananéenne nous apprend la prière qui ne se lasse pas, la foi qui ne renonce pas, l’humilité qui ouvre les portes de Dieu. Marie nous apprend la confiance qui s’abandonne, la fidélité qui demeure, l’espérance qui ne s’éteint pas. Au lendemain de sa fête, que ces deux femmes nous guident : vers une foi ouverte, vers une charité attentive, vers une prière qui porte le monde. P. Emmanuel-A. ELE, sac.