L’Évangile selon saint Matthieu nous rappelle que chaque génération porte ses foules « fatiguées et abattues ». Jésus ne détourne pas le regard de cette humanité blessée : il en est saisi de compassion. Mais sa compassion n’est pas une émotion stérile — elle devient mission. Il envoie ses disciples, non pour se lamenter sur le monde, mais pour le rejoindre, pour le guérir, pour lui révéler la proximité du Royaume.
Trois verbes résument cette mission : aller, proclamer, guérir. Aller vers les brebis perdues, proclamer que Dieu est proche, guérir ceux qui souffrent. Ces mots traversent les siècles et résonnent aujourd’hui comme un appel à sortir de nos cercles rassurants, à aller au milieu du monde, à faire pressentir la Bonne Nouvelle de l’amour du Père, à choisir la tendresse pour ceux qui n’ont plus d’espérance. Le Christ ne nous demande pas de réussir, mais d’aimer avec audace et fidélité.
Le livre de l’Exode nous montre Moïse montant vers Dieu. Il gravit la montagne pour rencontrer Celui qui l’appelle. Nous aussi, nous sommes invités à cette ascension intérieure : monter, c’est surmonter nos petites préoccupations pour retrouver la hauteur du regard divin. Depuis que Jésus nous a dit : « Je suis le chemin », nous savons que cette montée n’est pas une fuite du monde, mais un passage à travers lui. Suivre le Christ, c’est devenir des ouvriers de paix, des hommes et des femmes qui maintiennent la présence de Dieu au cœur du monde. C’est le sacerdoce de tout baptisé : faire exister Dieu dans la vie ordinaire, être lien et jointure entre l’Éternel et nos frères.
Et saint Paul nous rappelle le fondement de cette mission : l’amour du Christ. Sa mort n’est pas un signe de défaite, mais la preuve que Dieu nous aime jusqu’à l’extrême. Le sang versé, la vie donnée, disent la profondeur de cette tendresse divine. Nous voudrions des signes éclatants, des certitudes visibles ; Dieu nous offre une croix et une résurrection. Dans ce mystère, la foi devient espérance : la mort n’a pas le dernier mot, l’amour du Père est plus fort que tout.
Ainsi, ce dimanche, la Parole nous invite à devenir des ouvriers de paix, des témoins du Royaume, des serviteurs de la tendresse du Père.
La moisson est abondante, et l’Esprit cherche encore des cœurs disponibles.
P. Emmanuel-A. ELE, sac.